La passion au travail: effet secondaire plutôt que prérequis

On ne naît pas passionné par son travail, on le devient. Cette idée va à contre-courant de notre époque où le message « suivre sa passion » s’affiche partout, des pages Facebook aux blogues. Pourtant, la passion au travail n’est pas forcément le point de départ de l’accomplissement professionnel…

Bousculer le mythe du travail-passion qui rend heureux. C’est ce qu’a réussi à faire l’auteur et professeur à l’Université Georgetown Cal Newport avec son livre So Good They Can’t Ignore You, qui a été un succès critique à sa sortie, en 2012. Un ouvrage dont le titre provient de la réponse que l’acteur Steve Martin donnait à ceux qui lui demandaient des conseils pour devenir comédiens. « Ce qu’ils veulent entendre, c’est voici comment trouver un agent  ou voilà comment écrire un scénario, mais je leur dis toujours : soyez tellement bon qu’ils ne pourront pas vous ignorer ».

La passion vient en travaillant

Car pour Cal Newport, transformer sa passion en métier n’est pas nécessairement la clé du bonheur professionnel. La réussite tient plutôt au fait de développer une compétence rare et ayant tellement de valeur qu’elle ouvre les portes d’une carrière épanouissante.

Il prend l’exemple de Steve Jobs, qui a prononcé un célèbre discours devant les jeunes diplômés de l’Université de Stanford, en 2005, les incitant à suivre leur passion. Pourtant, Steve Jobs a réussi malgré le fait que les affaires ne soient pas sa passion. Plutôt que d’étudier cette matière à l’université, il préfère suivre des cours en histoire ou encore en calligraphie.  « Plus il travaillait sur Apple, plus il s’est amélioré, plus il est devenu passionné, explique M. Newport. La passion grandit avec le talent. C’est davantage un effet secondaire qu’un point de départ. »

Quand passion au travail rime avec dépression

Dans son livre, l’auteur cite d’ailleurs une étude de Robert J. Vallerand, professeur en psychologie sociale à l’UQAM, qui a mis en évidence que les cinq plus grandes passions des étudiants qui ont participé à son étude étaient la danse, le hockey, le ski, la lecture et la natation. Des loisirs peu susceptibles de se transformer en emploi!

Vallerand, qui a fait de l’étude de la passion une de ses spécialités, s’est aussi intéressé au rôle de la passion au travail. Dans une étude publiée l’an dernier dans le Journal of Managerial Psychology, lui et d’autres chercheurs ont mis en lumière le fait que la passion n’est pas toujours un facteur de bien-être au travail. Quand elle devient obsessive, c’est-à-dire que l’employé a besoin d’éprouver cette passion pour se sentir bien, être passionné augmente son risque de dépression. Passion et travail ne font donc pas toujours bon ménage!

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