Congé paternité : Quelle perception en entreprise ?

Le congé parental serait-il en voie de masculinisation ? On est en droit de le penser au moment où de grandes entreprises comme Spotify ou Amazon annoncent vouloir encourager le congé paternité. Si pour certains il est un progrès vers plus d’égalité entre hommes et femmes, d’autres le voient encore comme un frein. Explications.

Congé paternité ?

Longtemps anecdotique, le congé paternité est en passe de s’imposer comme une nouvelle tendance notamment dans les grands groupes. Cet été, le fondateur et patron de Facebook Mark Zuckerberg a déclaré vouloir prendre deux mois de congé à la naissance de son enfant. Il a rappelé que sa compagnie promouvait le congé parental en proposant à ses salariés des deux sexes, jusqu’à quatre mois de congés durant l’année qui suit la naissance de leur enfant. Le géant de la musique en streaming Spotify fait mieux en offrant à tous ses employés un congé parental de six mois rémunéré à hauteur de 100% de leur salaire, pouvant être fractionné et pris jusqu’au troisième anniversaire de l’enfant. Dans un pays où seul 17% des entreprises accordent un congé paternel payé à leurs équipes masculines, les annonces de ces grandes enseignes font office de petite révolution.

Une législation canadienne rétive

Du côté du Canada, la législation idoine et les entreprises semblent être encore un peu à la traîne. Non seulement le congé de paternité est d’une durée maximale de cinq semaines, mais il est aussi et surtout sans solde. Même chose pour le congé parental qui peut atteindre 70 semaines au total. Si les conditions n’incitent guère les salariés à y recourir, la manière dont il est considéré par le monde de l’entreprise peut également décider les hommes à ne pas en bénéficier. Une étude québécoise de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CROP-CRHA) analyse la perception du congé de paternité et du congé parental par les salariés des entreprises du Québec. Une des constations majeures est la mauvaise perception de ces congés par le monde professionnel.

Un congé paternité mal perçu par 32% des directions

L’étude menée en mai dernier auprès de 636 travailleurs révèle ainsi que ces congés sont considérés comme des freins à la carrière des hommes. 32% des sondés révèlent que le congé de paternité est très mal perçu par leur direction. A contrario, ils ne sont que 28% à indiquer une perception positive par leurs dirigeants. Les collègues des personnes interrogées ne seraient que 12% à l’estimer de manière négative, contre 56% qui le jugeraient positivement. S’agissant du congé parental, un quart des directions des entreprises, soit 26%, l’encourageraient d’après les travailleurs interrogés. En revanche, près d’un tiers (29%) le désapprouveraient. 54% des collègues des personnes interrogées dans le cadre du sondage, le jugeraient avec bienveillance contre 13% des employés qui le verraient plutôt d’un mauvais œil. Dans les deux cas, les collègues de travailleurs sont beaucoup plus nombreux que les directions d’entreprises, à considérer les congés parentaux comme un dispositif positif.

Cette mauvaise image trouve ses origines chez les hommes eux-mêmes puisque un peu moins de la moitié, soit 47%, pensent qu’ils pourraient voir leur carrière impactée de façon négative s’ils prenaient un congé. Les employeurs sont en effet très réticents à devoir combler l’absence d’un père parti en congé de paternité. De ce fait, ils sont beaucoup plus nombreux à encourager la prise du congé parental par la mère plutôt que par le père.

Une tendance qui s’inverse favorablement

Néanmoins, l’espoir reste de mise. 53% des hommes interrogés estiment qu’un congé ne nuira en aucune manière à leur parcours professionnel. La tendance s’inverse donc favorablement, les hommes étant de plus en plus nombreux à vouloir en bénéficier. D’autre part, si les congés parentaux sont mal vus par les directions des entreprises et par certains salariés, la Belle Province est loin d’être la plus mal lotie. Elle pourrait même faire office de modèle en matière de congé de paternité à l’échelle nationale ou même internationale. Elle demeure la seule province canadienne à prévoir dans ses textes de loi le congé du père. C’est également la seule où les entreprises veillent à l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale de même qu’à une bonne conciliation entre les deux, en aménageant certains dispositifs à l’adresse des pères à l’instar des prestations complémentaires à celles du Régime québécois d’assurance parentale.


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